L'Invité - Nicolas Bouzou
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Comment analyser les taux de crédits qui sont au plus bas ?
Les taux dépendent de 2 choses: le coût auquel les banques se refinancent pour prêter et la marge que les banques facturent bien sûr à l'emprunteur.
Sur les coûts, on voit que les marchés se comportent bien, sont bas, le bon marqueur a suivre est le coût auquel l'état français s'endette à 10 ans, les fameux OAT qui sont si bas en ce moment.
La première raison est que, si vous êtes un très grand investisseur, vous allez mettre beaucoup d'argent au Royaume Uni, aux Etats-Unis, en Allemagne et en France. Sauf qu'en Allemagne, il n'y a plus de déficfit public, donc les grands investisseurs placent leur argent en France, ce qui maintient les taux bas.
Second élément de réponse, c'est le fait qu'aujourd'hui, quand on compare la France à d'autres pays, les déficits publics ne sont pas si importants: la norme aux Etats Unis ou en Angleterre est un endettement de 7 à 8%, en France, on est à 3%. Ceci explique que les coûts de refinancements soient bas.
Concernant les marges des banques, le secteur du crédit immobilier est un des plus concurrentiels, les marges sont très faibles.
Ces deux facteurs mis ensembles font que les taux de crédits immobiliers sont très bas pour les français.
On remarque pourtant des écarts importants d'une région à une autre, comment pouvez-vous les expliquer ?
La concurrence n'est pas la même en fonction des régions. Un second aspect est le fait que la conjoncture économique dans les régions est très différente: il n'y a rien de commun économiquement parlant entre l'Aquitaine et la Lorraine, qui a un taux de chômage élevé alors que l'Aquitaine est très centrée sur l'aéronautique et crée des emplois.
Les banques gèrent également le risque de prêter aux ménages: ce risque est différent en fonction du lieu d'habitation des ménages. Cela peut justifier des taux différents.
De plus en plus, on analyse les régions comme de petits pays, il y a 22 petites frances.
Vous êtes pour la France des régions ?
Tout à fait! Je pense que la décentralisation est un des grands sujets ces prochaines années: comment adapter notre politique économique à des réalités économiques de plus en plus diverses.
Les entreprises ont tout intérêt à être décentralisées également.
Ces taux vont-ils continuer à être bas, ou vont-ils remonter ?
Je me suis beaucoup trompé à ce sujet. Je vais vous donner un pronostic tout de même: les taux historiquement bas ont plutôt vocation à remonter qu'à baisser.
L'état va un jour devoir se refinancer à des taux plus élevés. L'Allemagne va nous refaire de la concurrence, les taux devraient être amenés à remonter un peu.
On voit de plus que quand les taux augmentent, ils augmentent vraiment.
Qu'en est-il du resserrement de l'accès au crédit immobilier ?
C'est lié aux conditions économiques suivantes: le pouvoir d'achat est en baisse, surtout celui des classes moyennes, pour des individus qui ont entre 1500 et 4000€ de revenus par mois, il y a une baisse du revenu réel, donc de la solvabilité, il y a également des destructions d'emplois qui créent du chômage, donc les banques resserrent l'octroi de crédit, c'est rationnel.
Qui peut encore emprunter aujourd'hui ?
Au fond, quand vous êtes dans des périodes de mutation importantes, où une nouvelle économie vient remplacer une ancienne économie, c'est un processus de destruction créatrice, de mutation.
Une crise, c'est un état qui ne dure pas, on est en crise depuis 1975, ça veut dire que ce n'est pas une crise, c'est quelque chose de plus structurel.
Les inégalités se creusent, il y a donc une frange de la population qui s'éclate, les mieux formés, qui auront droit au crédit sans problème, et une frange qui peine, celle qui est moins mobile, moins formée, et pour qui l'accès au crédit est plus complexe.
Comment voyez-vous cet accès au crédit évoluer ?
Sur le marché du crédit, il ne faut surtout pas d'intervention de l'état. Il y a un problème de logement en France, les prix baissent que quelques pour cents par an. Cela vient d'un manque d'offre et d'une hausse de la demande de logement.
Si vous donnez plus de crédit, vous augmentez la demande, ce qui fait monter les prix. Ce qu'il faut, c'est repenser l'offre de logements: comment on peut densifier les villes sans les enlaidir.
Ce sont des sujets de long terme, pas forcément sexy, mais en réalité, le fond du problème est moins dans l'accès au crédit que dans le développement d'une vraie offre immobilière
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